26 août 2016

 

J'aime prendre des marches. Le soir. Seule.

Je suis assignée femme.

 

Je portais une jupe longue, un châle noir et mes cheveux longs flottaient au vent. J'étais dans une rue proche du cimetière où il y a un petit boisé que j'aime bien.

 

Un type en BMX s’est mis à me suivre. Il ralentie et fait des ronds autour de moi. Il me parle.

 

-       Ça va?

 

J’veux pas lui parler, mais ça reste innocent… pour l’instant.

 

-       Ça pourrait aller mieux.

 

J’venais de me disputer avec mon copain. Non je n’avais pas trop envie de jaser avec un inconnu louche.

 

-       C’est rare qu’on voit une fille marcher la nuit icitte.

-       Ouais, ça me prend des fois.

 

Déjà, je n’aime pas qu’on fasse référence au fait que je sois une fille, parce que je ne me sens pas comme une fille, je suis une personne non-binaire au genre fluide. Je me demande si le gars aurait fait la même chose si j’avais des jeans au lieu d’une jupe? La noirceur fait qu’il ne voit pas que j’ai d’épais bottillons de randonnée botte-cul avec des bas blancs qui ne matche pas pentoute avec le reste de mes atours.

 

On marche encore quelques minutes. Il rode encore, mais avec une certaine distance. Comme s'il pensait que je ne le voyais pas ou quelque chose comme ça.

 

Je longe le boisé puis je coupe là où je sais qu’il y a une trail de 4roues. Presque impossible à voir à la noirceur car il n’y a pas de lampadaire. Il faut le savoir que c’est là.

 

Je suis dans le bois. MON élément. Je souris malicieusement. Je tends l’oreille et j’avance sur le sentier dans les ténèbres et le bruissement des feuilles. Je fais quelques pas hors du sentier puis j’attends.

 

Il est là.

 

Il m’a suivi sur le sentier. Il apporte maladroitement son BMX en faisant trop de bruit car il ne voit pas 10 centimètres devant lui.

 

-       Pourquoi tu me suis? dis-je d’un ton sec.

-       Eh… je sais pas.

-       C’est pas un bon chemin pour faire du bicycle.

-       Eh..je sais ben mais eh…

-       Qu’est-ce que tu veux?

 

Mon ton devenait de plus en plus autoritaire, dure.

 

-       J’te ferai pas un dessin…mais ehh TOÉ! Qu’est-ce que tu veux?

-       D’la tranquillité. Sacre ton camp.

-       Ehh ok…j'voulais pas...(marmonnenents)

 

Je m’enfonce encore plus dans le bois. Hors sentier et j’écoute. Il semble faire demi-tour. Je m’accroupie sous un arbre tombé. J’attends.

 

J’attends.

 

J’attends.

 

J’pense que c’est bon. Inspiré.e par les bruits nocturnes de la forêt, je chante. Pas une petite chansonnette à la Disney! Je chante dans un registre totalement différent.

Des vocalises polyphoniques, des mélodies pentatoniques ou mineures, je varie les positions de voix, faible, forte, grinçante, puissante. J’explore tout l’ambitus de ma voix jusqu’au suraiguë dont j'ai le secret. Je mélange voix classique et kulning. Je fais des sons d’oiseaux, des murmures dans une non-langue.

S’il est encore dans le coin, ça lui fera tout un concert.

 

Je pousse des sons dignes d’une banshee d’une légende antique.

 

J’entends le craquement des branches au loin. Le cliquetis rapide d’un vélo.

 

J’pense pas qu’il va revenir…

 

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